Critique: David & Madame Hansen

6 août 2012 at 13:40

AntoineBigor

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Parmi les films que j’attendais le plus cette année, celui-ci était bien bien haut placé. Forcément. Le premier film d’un mec qu’on adore et admire, autant pour sa série Kaamelott que pour sa philosophie de vie et son point de vue sur à peu près tout ; c’est quelque chose. Et je ne remercierais jamais assez ce cher Marc, taulier de cloneweb (chez qui vous pouvez retrouver la critique) de m’avoir permis de voir ce film lors de l’une des rares projections parisiennes. M’enfin bref, qu’en est-il du film alors ? Hein ? Parce qu’on est quand même pas là pour éplucher des carottes.

Écrit et réalisé par Alexandre Astier. Avec Isabelle Adjani, Alexandre Astier, Julie-Anne Roth, Victor Chambon & Jean-Charles Simon. En salles le 29 Août 2012.
David est ergothérapeute. Il exerce depuis peu dans une riche clinique suisse. Alors que, un matin, il manque une de ses collègues à l’appel, on lui confie une patiente à accompagner pour une course en ville : Madame Hansen-Bergmann.
D’abord prudent et respectueux du protocole médical, David se montre procédurier. Mais au fur et à mesure qu’il côtoie sa patiente, sa curiosité grandit : tant de provocation et d’insolence, mêlées à de si soudaines vagues de détresse et de chagrin inexpliquées, ne peuvent cacher qu’un grand traumatisme. Ils ne reviendront pas à l’heure prévue…

Alexandre Astier, créateur/réalisateur/scénariste/acteur/producteur/compositeur de la série Kaamelott, est un homme surprenant. Cherchant sans cesse à bouleverser les codes et le format de sa série sur M6, le lyonnais avait fait preuve d’une ambition sans borne, n’hésitant pas à «péter plus au que son cul» avec talent pour transformer un format court en un vrai drama composé d’épisodes de 52min. Au fil des Livres, et surtout dans les V et VI, sa mise en scène prenait de l’ampleur, son développement des thématiques était source de dramaturgie, des thématiques de plus en plus personnelles, traitées avec brio et transformant une série, sous un vernis comique réussi, en une vraie fresque historique touchante. Après un VIème Livre qui allait au bout de ce que la télé pouvait lui offrir, appelant clairement la trilogie cinématographique prévue, Astier n’a pas voulu directement enchainer avec ce projet de cinéma. En effet, ne voulant pas faire ses premiers pas sur grand écran, avec le poids et la «légitimité» de la TV, le bonhomme a voulu mettre en scène un scénario très personnel sur l’histoire et la rencontre d’une malade de la mémoire insolente et d’un ergothérapeute qui va l’aider à se rappeler de son passé et des raisons de sa santé avec des méthodes peu orthodoxes. Des terres où l’on attendait clairement pas le Roi Arthur, avec qui plus est un tournage très secret, ne laissant filtrer que quelques photos officielles jusqu’à tout récemment, qui a crée une assez jolie attente autour du film. Un premier film très personnel donc, ce qui en est à la fois sa force et sa faiblesse.

Forcement, quand quelqu’un qui a prouvé des années durant son talent fou pour l’écriture, la comédie et la réalisation sur une série, la sortie de son premier film crée une attente assez forte, ce qui était le cas pour ma part. Et pour le coup, le début du métrage a plutôt calmé mes ardeurs. Le film commence sur un générique sobre, accompagné du sublime thème musical composé par Astier, mais va, par la suite, avoir un peu de mal à démarrer pour des raisons assez simples. Entre cette atmosphère grave de centre hospitalier et celle plus légère qu’installe le directeur de celui ci faisant office du fameux «verni comique» du scénariste, l’ambiance globale du métrage semble un peu bâtarde, formant un mélange entre comédie/humour qui a du mal à prendre et à trouver un équilibre. Malgré le fait que cette introduction est efficace et pose très bien les protagonistes et différents enjeux, ces premières minutes de film étonnent par l’aspect fragile de certains dialogues, sonnant un peu trop théâtraux et interprété par des acteurs assez timides (le staff de l’hôpital ou le beau-frère de David). Le rythme assez lent et par sa mise en scène très épurée, assez loin des mouvements de caméra hallucinatoire des dernières saisons de Kaamelott, n’arrange pas non plus à la chose. Un univers gériatrique des plus froid, pas aidé par un Alexandre Astier qui a l’air d’avoir lui aussi un peu de mal à se plonger corps et âme dans cette sobriété. Malgré cela, et on s’en rendra compte après, Astier commence à distiller quelques graines thématiques et scénaristique qui germeront plus tard. Timide et par moment maladroit, ce début de David et Madame Hansen laisse petit à petit place à un autre film, qui prends de plus en plus de marques, plus recentré sur ses personnages et le déroulement de son intrigue, dévoilant un scénario magnifique et d’une précision assez géniale dans sa construction narrative.

Une fois ce début un peu déroutant, le film, petit à petit, va s’affirmer, développer ses personnages et son intrigue, appuyé son mélange des ambiances formant un tout assez cohérent… Et va révéler une écriture magnifique, aux dialogues incroyable de naturel, de double-sens ou de non-sens, chose assez chère dans le coeur d’Alexandre Astier. Le scénariste, qui montre ici son talent plus prononcé pour l’écriture que la mise en scène, offre une structure assez dingue au métrage, posant différents éléments scénaristique comme des morceaux de la mémoire perdue d’Adjani, qui vont s’assembler à la fin pour former un tableau touchant et poignant. Tout est dans la subtilité, les petites phrases, tout à un sens et chaque scène a finalement son importance dans l’évolution des personnages et la redécouverte du passé d’Adjani, pierre angulaire du métrage et de sa maladie.
Au delà de cette écriture, de dialogue et de structure, géniale mais que l’on connaissait déjà, c’est dans sa mise en scène que Astier surprends le plus. Dans l’évolution de Kaamelott et de son format, le réalisateur s’était affranchi de son ambiance très théâtrale du début, dans sa construction hyper rythmée des dialogues et l’utilisation du lieu commun, tout en basant sa mise en scène uniquement sur le champ contre champ, pour offrir quelque chose de plus personnel, avec de très bonnes et étonnantes idées de mise en scène qui marchaient très bien. Ici, il est beaucoup moins dans l’affirmation, mais plutôt dans la découverte. Le cinéma lui offrant plus de temps, on sent la réalisation d’Astier plus réfléchie et par conséquent plus sobre. Une sobriété qui participe à l’aspect déroutant du début, mais qui colle assez bien à l’histoire et l’ambiance du long métrage et offre par moment des scènes magnifiques en terme de cadre, de montage ou d’idée de mise en scène. Tout n’est pas parfait, et la sobriété du tout est surprenant pour un premier film, mais Alexandre Astier arrive à gérer plutôt bien la transition entre TV et cinéma, comprenant l’importance émotionnelle de l’image.

Un premier film sobre mais qui n’est pas absent de personnalité, loin de là. On retrouve dans ce David et Madame Hansen beaucoup de choses caractéristiques du lyonnais. Comme depuis toujours, Alexandre Astier écrit ses personnages en fonction de ses acteurs. La première version du scénario était écrite pour Alain Delon, avant que celui ci plante le projet à 2 semaines du tournage. Du coup, Astier a complètement réécrit le projet pour Isabelle Adjani, ce qui se ressent dans le film. Adjani est grandiose, elle incarne à la perfection ce personnage perdu, dont la mémoire défaillante la fait passer de colérique à fragile en si peu de temps, avec une vraie épaisseur dramatique. L’actrice vampirise l’attention et crée une fascination. Un rôle qui sonne vraiment comme du surmesure tant elle livre une performance assez incroyable. La conséquence direct, de la propre volonté d’Astier, est la retenue dont fait preuve l’acteur. Si il incarne très bien son personnage d’aide soignant, il ne se met pas trop en avant pour laisser le devant de la scène à Adjani. Cet espèce de déséquilibre des temps de parole, voulu et assumé, n’en résulte pas moins qu’une réelle alchimie entre les deux acteurs, à l’instar des personnages, créant un lien assez fort à l’écran. Si le duo mène le bateau en tête, les seconds rôles, assez peu nombreux, n’en sont pas moins délaissé. La femme et le beau frère de David, joué respectivement par Julie-Anne Roth et Victor Chambon, sont assez touchant, tandis que le personnage du chef de service joué par Jean-Charles Simon est des plus savoureux et le plus emprunt de l’écriture burlesque d’Astier. Un casting réduit très bon, avec évidemment ce duo de tête magnifique.

Une écriture pour les acteurs, mais aussi une écriture qui ressasse des thèmes profond du réalisateur. Le talent de scénariste d’Alexandre Astier n’est plus a prouvé, et il se permet d’investir son histoire de thématiques sur la famille, la paternité, l’anti-conformisme ou la maladie (même si elle ne reste pas la plus importante, contrairement à ce que l’on pourrait croire). Si certaines sont connues du réalisateur, il fait quand même preuve d’un traitement inédit, poussant par exemple encore plus loin l’idée autour de l’anti-conformisme, le personnage de David faisant preuve de méthodes peu orthodoxes pour essayer de faire revenir Adjani à la raison. Cette idée là, il l’avait jamais vraiment traité mais l’avait mis en exergue avec Kaamelott et les attentes des spectateurs & de la chaine. Le thème de la famille revient souvent, et est ici au centre des problématiques. Si le propos n’est pas aussi radicale que dans le livre V, il est une évolution assez naturelle. Un traitement assez malin mais terriblement brut de décoffrage, Astier n’hésitant pas à évoquer ou traiter quelques idées assez vite mais histoire de la mettre dedans. Une authenticité maladroite, parasitant rarement le déroulement de l’intrigue, mais qui crée un paradoxe ; celui de la richesse des thématique et du côté brute de certaines, avec la sobriété de sa mise en scène et de son acting.

Il y a beaucoup à dire sur David et Madame Hansen, et le film n’est peut-être pas ce à quoi l’on peut s’attendre. En 1h29, Alexandre Astier fait preuve d’une maitrise assez incroyable dans son écriture, autant à travers sa construction que ses personnages, malgré une mise en scène tout en sobriété et presque bridé. En résulte un très bon premier film, personnel et touchant jusqu’à dans ses maladresses et si une chose est sûr, c’est sans doute l’honnêteté avec laquelle Alexandre Astier arrive au cinéma le 29 Août.
Entre Kaamelott Résistance, Pop Redemption (film qu’il scénarise), sa série sur la «mafia» lyonnaise pour Canal… Pas sûr que l’on revoit du Alexandre Astier sur grand écran, tout du moins surement pas avant sa trilogie Kaamelott.

Bigor et Monsieur Astier

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