Batman T1 – La Cour des Hiboux

20 juin 2012 at 10:01

AntoineBigor

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Urban Comics publie enfin en France, et à seulement quelques mois de la sortie US, les séries de la Renaissance DC, avec notamment l’un des plus grand succès de ce relaunch, aussi bien critique que publique: le Batman de Snyder & Capullo ! Adulé par toute la presse et vendu par palettes, le premier arc de la série du jeune scénariste Scott Snyder (qui avait déjà touché au personnage dans Sombre Reflet) et du vétéran Greg Capullo (Spawn) sort enfin en librairie (ainsi que dans le mensuel Batman Saga), l’occasion de vérifier si ce statut d’œuvre déjà culte se confirme.

Scénario de Scott Snyder. Dessins de Greg Capullo. Édité par DC Comics, publié en français par Urban Comics. 15,00€, sortie le 8 Juin 2012.
Après une longue période d’absence, Bruce Wayne est de retour sous le masque de Batman, à la poursuite d’un mystérieux tueur en série aux allures de hibou, et dont la prochaine cible n’est autre que… Bruce Wayne. Plus il progresse dans son enquête, plus le Chevalier Noir rassemble d’éléments sur les motivations de son ennemi. Il découvre alors une sombre vérité mêlant la famille Wayne aux fondations troubles de Gotham City. (contient Batman #1-7)

Scott Snyder est très certainement l’un des jeunes scénaristes les plus talentueux du moment. On était pourtant surpris quand on a apprit qu’il allait scénariser la série Batman la plus importante des New 52, et cela malgré les très bons retours de sa saga Batman – Sombre Reflet. Sauf qu’entre temps, on a l’a lu Sombre Reflet (en 2 tomes chez Urban Comics), et l’auteur y fait preuve d’une maturité et d’une maitrise de cet univers assez impressionnante, en livrant un récit de qualité. Snyder continue dans la ligné de son Sombre Reflet avec La Cour des Hiboux, premier arc de la nouvelle série Batman. Un début parfait pour les nouveaux lecteurs, avec un premier chapitre introductif des plus accessibles, posant les bases et les personnages admirablement bien, afin amener vers quelque chose de totalement nouveau et qui s’adresse donc tout autant aux lecteur réguliers. La quintessence du concept de le Renaissance DC en somme.

Le scénario de Scott Snyder se construit autours de deux grandes idées que l’auteur va développer avec brio. La première est la relation fusionnelle qui unie Gotham City à Bruce Wayne, la seconde est cette petite manie qu’a Snyder avec les organisations secrètes qui opèrent dans l’ombre (idée que l’on retrouve dans American Vampire ou Sombre Reflet). Des thèmes forts, que Snyder va utiliser afin de créer une toute nouvelle menace, et certainement l’une des plus déroutante pour le justicier. Ne tombant pas dans la facilité comme certains (Tony Daniel…) et enrichissant la mythologie du personnage, Snyder va nous priver de repère quant à cette nouvelle menace, nous plongeant de force dans le flou le plus complet, à l’instar de Wayne.
Une perte de repère ainsi qu’une immersion totale grâce à une narration très intelligente de Snyder, nous plongeant dans les pensées de Batman. Une narration qui développe la psychologie du personnage, son déni de réalité et son plongeon dans le chaos, grâce de très jolis dialogues (que Jerôme Wicky traduit très bien). Le tout est très dynamique, grâce à un enchainement bien dosé de révélations et de rebondissements ainsi qu’au story-telling de Greg Capullo, mais impose des temps morts lors de passages un peu plus verbeux. Des passages où les pièces du puzzle complexe de Scott Snyder s’assemblent, certaines semblant s’être imbriquées un peu facilement, mais le puzzle qu’il forme est tellement surprenant et grandiose qu’on lui pardonne quelques facilités. Tant qu’on est sur les minces resserves à souligner, on doit avouer qu’on était également parti peu confiant sur certains aspects du scénario, que l’on évitera de vous spoiler. Et pourtant, Snyder les balaye d’un revers de la main avec aisance et facilité, en justifiant le tout de manière maligne, avec des raisons rarement artificielle.

Un écriture sublimée par les travaux d’un dessinateur en très très grande forme. J’arrive un petit peu après la bataille sur ce coup là, car c’est la première fois que je lis une œuvre dessinée par Greg Capullo, connu notamment pour ses épisodes de Spawn. Et au vu des planches qu’il livre ici, il est indéniable qu’il connait et chéri l’univers gothique de Batman, assez proche du personnage de McFarlane, mais clairement moins fantastique et extravagant. Capullo va donc offrir une citée de Gotham terrifiante, avec un très joli travail autant scénaristique que graphique sur l’architecture de la ville, accueillant des personnages en son sain au chara-design légèrement cartoon (Bruce Wayne a une carrure et un visage qui rappelle celle que lui avait donné Bruce Timm dans la série animée) tout en gardant une ambiance assez sombre. La représentation de son Batman est des plus iconiques, enchainant les planches magnifiques qui jouent avec les ombres et la répétition de cases pour créer la surprise, ainsi qu’un story-telling dynamiques montrant son habileté dans l’action. Mais là où Capullo met une triple claque dans notre tête, c’est lors des chapitres 5 et 6. Si l’artiste avait prouvé son talent dans les chapitres d’avant, tout comme sa maitrise de l’univers, il s’essaye ici à des expérimentations graphiques des plus sublimes. Des chapitres qui sont des petits chef d’œuvres absolus, autant sur le rythme que l’écriture magnifique qui joue avec la perte de repères de Batman et du lecteur, mais surtout sur les dessins. Capullo joue sur la forme même du comic-book, sa manière de la lire ainsi que la perception du réel et des hallucinations, pour immerger encore plus le lecteur dans son histoire. Deux épisodes qui sonnent comme des climax dans cet ouvrage qui fini définitivement de nous marquer.

Scott Snyder et Greg Capullo ont tout compris aux personnages et à l’univers de Batman, et le prouve avec La Cour des Hiboux, signant un grand moment de lecture et ni plus ni moins que l’une des histoires de l’homme chauve-souris les plus immanquables de ses dernières années, introduisant tout un tas de nouveaux éléments dans un univers, légèrement relaunché, pourtant très riche. Cette phrase est très longue, certes, mais ne manquez pas cette BD.

La cour des Bigors

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