Critique: The Raid
Depuis quelques temps, un film fait parler de lui. Un film qualifié de grosse claque, de grand film d’action et même de plus grand film d’action de la décennie. Tous ceux qui l’ont vu dans des festivals où il est diffusé sont unanime: The Raid est une tuerie. Un tel succès critique hallucinant a forcement poussé une distribution en France, avec une première projection en avant-première début Avril à Paris, en présence du réalisateur Gareth Evans. Et autant dire que le film mérite amplement tous les louanges entendus.

Réalisé par Gareth Evans. Avec Iko Uwais, Joe Taslim, Yayan Ruhian & Ray Sahetapy. En salles le 20 juin 2012.
Au cœur des quartiers pauvres de Jakarta, se trouve une citadelle imprenable dans laquelle se cache le plus dangereux trafiquant du pays. Une équipe de policiers d’élite est envoyée donner l’assaut lors d’un raid secret mené aux premières lueurs du jour. Mais grâce à ses indics, le baron de la drogue est déjà au courant et a eu amplement le temps de se préparer. A l’instant où le groupe d’intervention pénètre dans l’immeuble, le piège se referme : les portes sont condamnées, l’électricité est coupée et une armée d’hommes surentraînés débarque. Piégés dans cet immeuble étouffant, les policiers vont devoir se battre étage après étage pour avoir une chance de survivre.
Avant tout, il faut savoir que The Raid est un plan B. Le réalisateur gallois Gareth Evans avait en tête un autre film, plus ambitieux en terme d’espace et de budget, qui a été refusé, faute de financement. Le réalisateur a ainsi baissé ses exigences de production pour faire un film dans un lieu unique (un immeuble gangréné par la pègre), où il aurait toute la liberté qu’il souhaite. Et c’est l’une des forces du film, ce petit budget et cette simplicité imposée dans le lieu qui permet à Evans de se focaliser sur sa mise en scène et ses chorégraphie, d’une virtuosité et d’un génie que l’on ne pouvait soupçonner. En cela, la bande annonce qui vend un film généreux, ultra spectaculaire et violent ne ment pas sur la marchandise, car c’est exactement ce qu’est The Raid. Et bien plus encore.
Le scénario d’un film comme The Raid pourrait très vite être taxé de « prétexte », et il l’est à certains moments. Pas mal de ficèles sont tirés pour arriver à des situations et des combats, d’autant que le concept est un énorme prétexte pour se faire affronter deux camps. Pourtant, dans son écriture, The Raid fait preuve d’une certaine intelligence dans son rythme et ses enjeux. Si l’on sort essoufflé du film, tant l’action y est frénétique, le film n’oublie jamais de nous faire respirer, via des scènes de pures tensions ou des moments calmes, parfois poétiques. Des passages nécessaires, entre des scènes d’actions jamais gratuites. Car ce qui aurait pu tuer le film est finalement une forme de désintérêt pour les personnages, ayant pour unique but de s’entre-tuer pour le lol. Mais Evans évite cette problématique, en développant au début son personnage principal, en le liant inexorablement au camp d’en face, et créant surtout un attachement pour ses personnages principaux, impliqués dans un conflit qui n’est le leur. Ainsi, les scènes d’action prennent une tout autre dimension, où l’on ne prend pas juste plaisir à voir des mecs se foutrent sur la gueule, mais où le spectateur est juste assez impliqué émotionnellement, dupliquant l’impact des scènes d’actions et des moments de bravoures.

Et Dieu sait qu’il y en a des scènes d’actions hallucinantes et des moments de bravoures de malade dans le film ! Car comme dit précédemment, Evans a pu se focaliser sur sa mise en scène pour le film et ainsi livrer les scènes d’actions les plus impressionnantes possible. Pour cela, le réalisateur a fait appel à des acteurs/cascadeurs de haut niveau pratiquant le Silat, un art martial indonésien qui utilise des armes à feu, des bâtons et également les mains nues. Un art exploité dans toute sa richesse, allant de tirs à bout portant (plein cadre) à des chorégraphies de dingues, avec une précision folle dans les mouvements et les coups. Un magnifique talent de chorégraphie et de combat sublimé par la mise en scène parfaite d’Evans. Utilisant de longs plans et des cadres dynamiques, le réalisateur livre des scènes d’actions d’une lisibilité folle. A l’inverse des récents films d’actions qui créés de l’impact via le montage épileptique et la shaky cam, Evans réapprend à tout le monde comment filmer une scène d’action avec une mise en scène des plus lisibles, où chaque mouvement est visible et ou chaque coup porté fait mal, autant au personnage qu’au spectateur. Un montage des plus dynamiques, sans tomber dans la hachure, énormément dépendant de la musique, imposant le rythme. En effet, la bande son, composée par Mike Shinoda (de Linkin Park) & Joseph Trapanese est magnifique, en osmose avec l’image et le montage, extrêmement rythmé. On remarquera un morceau de dubtep très bien placé ainsi qu’un thème principal des plus marquant ainsi qu’un morceau que vous réécouterais en repensant à la scène qu’il sublime: Drug Lab.
Projeté début Avril dans la salle du Pathé Wepler, le film a été extrêmement bien accueilli, par un public des plus réceptif, applaudissant à chaque moment de bravoures et criant la joie ou l’horreur lors de certaines scènes d’action, appuyant le fait que c’est un film a vivre au cinéma, en compagnie de spectateur au taquet. Un Garth Evans, étonnement à l’opposé de son film, à savoir sympathique et gentil, qui a annoncé que la suite était en préparation, et que ce sera le fameux plan A rejeté. Quant on voit la gueule de son plan B, on attends son plan A avec une grande impatience.

The Raid est une grosse claque à tous les niveaux, qui s’impose vraiment comme l’un des meilleurs films d’actions de ses dernières années. Généreux, bourrin, spectaculaire, magnifique… The Raid est un petit film qui a la stature d’un grand amené à devenir culte, réalisé par un Gareth Evans à surveiller, qui porte un réel amour du cinéma d’action. Immanquable.
The BigoRaid



