Haunt
Dans la famille superstar des comics, je voudrais Todd McFarlane. Un peu à la manière d’un Mike Mignola, le scénariste/dessinateur est presque devenu un empire à lui tout seul avec Spawn qu’il se traine depuis sa création en 1992.
Toujours dans la même famille, je voudrais Robert Kirkman. Créateur et scénariste unique de la série The Walking Dead, ce cher « Bob », comme on peut l’appeler, a eu le mérite, avec le carton phénoménal de son histoire pleine de zombies, d’ouvrir le comics à un lectorat extrêmement large aujourd’hui, prouvant que la BD américaine ne comporte pas seulement des justiciers en collants.
Enfin, dans la famille superstar montante, je voudrais Greg Capullo. Poulain de l’écurie McFarlane, ayant perfectionné son art sur Spawn en premier lieu, le dessinateur est monté à un tel niveau de réputation auprès des maisons d’éditions et du public que DC lui a confié l’illustration du relaunch de Batman. Rien que ça.
3 superstars de la bande dessinée outre Atlantique qui se réunissent sur un seul et même projet, ça donnait Haunt, évènement lors de sa sortie qui aura bénéficié d’un sacré coup de pub par le seul nom de ses géniteurs.
Mais alors que le 3ème tome sort en avant première en France, s’il vous plaît, grâce au travail soigné et toujours aussi passionné des éditions Delcourt, que reste-t-il de ce blockbuster en puissance ?

Pour ceux qui débarquent complètement, Haunt raconte l’histoire des frères Kilgore dont le destin va être chamboulé à tout jamais après que l’un d’eux, Kurt, se fasse tuer durant la mission la plus importante de sa carrière d’agent secret. Tandis que son frère Daniel doit à la fois supporter le deuil et le chagrin de la femme de Kurt qu’il aime éperdument, il va alors faire face au fantôme de son frère avec qui il pourra fusionner pour recevoir une combinaison organique spécial et devenir Haunt, une entité aux pouvoirs démesurés.
Forcément, la puissance de la chose va faire bien des envieux, et nos deux frères pour qui la cohabitation dans un même corps va s’avérer délicate à aborder vont se retrouver embarqués dans des histoires pas possibles au sein de l’Agence, ancien employeur de Kurt.
Série d’espionnage/action teintée de fantastique, Haunt est depuis le début un pur produit à la McFarlane que le scénariste Robert Kirkman utilise comme un énorme jouet pour se laisser aller dans un déluge d’action et de rebondissements donnant une série à l’esprit assez pulp, pas révolutionnaire pour deux sous mais plutôt rigolote pour peu qu’on mette son cerveau en veille.
Et ce n’est pas près de changer…

Dans ce troisième tome encore exclusif à la France et regroupant les numéros 13 à 18, Kurt fait soudainement face à un esprit encore jamais vu et qu’il est le seul à pouvoir percevoir, sauf quand il forme Haunt avec son frère pour lui partager ses visions. Devant gérer avec ce prédateur les pourchassant sans relâche pour pouvoir bouffer le fantôme de Kurt une bonne fois pour toute, les 2 compères vont devoir collaborer pour gérer la situation sans trop se faire remarquer par le reste de l’équipe, qui ne peut rien voir de tout ça. L’idée est plutôt sympa et fonctionne à vrai dire très bien vu que le seul lien entre Kurt et le réel s’avère être Daniel. Du coup, non seulement Haunt lâche parfois le combat en plein milieu face à des ennemis bien réels pour s’échapper du prédateur sous les yeux ébahis de ces collègues militaires qui voient juste le personnage se débattre seul face au vide, tandis que « l’Apparition » peut faire surface à tout moment, obligeant Kurt à partir seul et laisser son frère sans aucun pouvoir, ou alors à le faire passer pour fou.
Après 12 numéros à extrapoler sur la collaboration nécessaire entre les deux hommes pour manier au mieux leur costume très spécial, ce danger n’agissant que sur le plan de l’au-delà tombe à pic pour relancer la machine avant même que celle-ci ralentisse tout en apportant une nouvelle forme de menace dans la série qui pour l’instant devait gérer avec que des problèmes concrets de notre monde. Menant la relation entre les 2 héros vers de nouveaux horizons tout en les faisant un peu évoluer séparément pour mieux comprendre la dynamique du duo, le tout permet d’en comprendre un peu plus sur leurs pouvoirs, les origines de ces derniers et ce qui les attend.
Bien sûr, tout ça n’est pas d’une profondeur ou d’une originalité délirante et ne constitue en rien l’intérêt principal de la BD puisque si on lit Haunt, c’est avant tout pour voir de l’action, de l’action et de l’action. Il n’empêche que Kirkman gère correctement son récit et donne un minimum à grignoter au lecteur pour faire vivre son univers et lui offrir un background donnant une raison d’être à l’avalanche d’évènements auquel on assiste à chaque tome.

Si on décide de lire Haunt, ce n’est pas pour se prendre la tête, mais pour s’en prendre plein la tête !
Une différente notable et qu’ont parfaitement compris les auteurs tant chaque tome déroule des scènes d’actions dans tout les sens. Une fois de plus, Greg Capullo honore le travail opéré par Ryan Ottley au début de la série et livre des cases vivantes au trait chargé mais dynamique, rendant parfaitement la fluidité avec laquelle le personnage évolue malgré les flots de matière blanchâtre que projette ce dernier à chaque mouvement brusque. Sans être sensationnel, le travail de Capullo envoi du pâté comme dirait l’autre et constitue peut être la plus grande part du plaisir de lecture offert par chaque page tant Haunt se suit sans aucun problème et offre des planches parfois spectaculaires, à l’instar de certaines doubles pages bien utilisées pour mettre en lumière les capacités du bonhomme. Les amateurs de violence ne seront pas en reste puisque l’une des particularités des personnages de McFarlane est de faire voler l’hémoglobine de façon assez généreuse et là encore, Haunt charcute à peu près tout ce qui bouge, multiplie les effusions de sang et faisant parfois valdinguer quelques tripes dans les planches pour le plus grand plaisir déviant de certains, et le malheur des ennemis dessinés finissant quasi systématiquement par se faire démastiquer de haut en bas. C’est sûr, le tout est souvent gratuit et pas des plus nécessaires, mais ça fait jamais de mal tant que ça reste sur le papier !

Haunt T3 : Prédateur permet de prouver le niveau intact de la série depuis ses débuts et remplit ses objectifs pour tout ceux qui avaient appréciés les précédents tomes. Bien sûr, malgré une qualité constante, celle ci n’est pas extrêmement élevée, et il faudra prendre la série comme un défouloir sympathique se lisant sans aucun problème et ce malgré la fatigue. C’est de notre côté tout ce qu’on lui demande et ça n’en fera un indispensable mais au moins le pari est tenu jusqu’à maintenant, tandis qu’on est bien curieux de savoir ce qu’il en adviendra par la suite sachant que Kirkman passe la main à Joe Casey au scénario tandis que Capullo, désormais très occupé par le gardien de Gotham, est succédé par Nathan Fox et sa patte plus cartoon. Une chose est sûre donc, le tome 4 marquera un tournant dans la série.
Xidius



